Sortie de “Mark Zuckerberg : la biographie”, par Daniel Ichbiah

La biographie d’un génie visionnaire, devenu l’homme le plus influent de la planète. Le plus secret aussi.

À 18 ans, Zuckerberg refuse une offre de Microsoft qui aurait pu le rendre millionnaire, préférant suivre des études à Harvard. À l’université, il conçoit Facebook et fait mouche. Devenu milliardaire à 24 ans, il rachète WhatsApp, Instagram… des services utilisés par plus de 2 milliards de personnes! Troisième fortune mondiale en 2018, il compte parmi les donateurs les plus généreux de la planète. On lui prête même l’ambition de devenir président des États-Unis… Une trajectoire supersonique sans équivalent à ce jour.

Oui mais… Derrière les professions de foi humanistes – «un monde ouvert et connecté » – et l’altruisme revendiqué de son P-DG, que cache vraiment le projet Facebook ? Quel rôle a-t-il joué dans l’élection de Donald Trump, l’explosion des fake news? Que deviennent les données récoltées auprès des utilisateurs? Zuckerberg se servirait-il de Facebook comme d’un cheval de Troie au coeur de nos démocraties – quand on sait qu’il revendique sans état d’âme « la domination mondiale » ? Ou tel un Frankenstein du XXIe siècle, a-t-il été dépassé par sa créature ?

Daniel Ichbiah, grand spécialiste de la Silicon Valley et des nouvelles technologies, a recoupé les témoignages de proches, retranscrit les messages privés et les réunions en huis clos, récolté des milliers d’informations, pour délivrer la seule biographie complète et actualisée sur un mythe vivant.

Daniel Ichbiah, écrivain et journaliste, est spécialiste des nouvelles technologies. Mark Zuckerberg, la biographie est son troisième ouvrage consacré aux success stories de la Silicon Valley, après les biographies de référence Bill Gates et la saga Microsoft et Les 4 vies de Steve Jobs.

Daniel Ichbiah, Mark Zuckerberg, la biographie, Éditions de La Martinière
336 pages, 19,90€, parution le 4 octobre

 

Rabbin des bois : “J’ai eu le déclic après m’être fait recaler trois fois de Sciences Po” (Sud Radio)

Hacker et auteur du livre Lève-toi et code, Rabbin des bois était l’invité du Grand Matin Sud Radio ce mardi pour évoquer son activité numérique.

Rabbin des Bois chez Sud Radio
Rabbin des Bois chez Sud Radio

“Être hacker, c’est un état d’esprit. C’est avant tout voir quelque chose de cassé, un système qui fonctionne mal par exemple, et ne pas pouvoir s’empêcher de faire quelque chose. On va soit exploiter ce dysfonctionnement, soit le réparer”. Au micro de Sud Radio, celui qui se fait appeler Rabbin des bois et qui arrive masqué en studio expliquer longuement le cheminement qui l’a poussé à devenir hacker, un choix auquel il ne se destinait pas à l’origine.

“J’ai toujours essayé d’avoir une intégration sociale par l’excellence académique, essayer d’avoir le plus de diplômes possibles dans de bonnes écoles, ce qui est censé vous mener normalement à une intégration. En l’occurrence, ça ne s’est pas passé comme ça pour moi et c’est sur Internet que j’ai été accepté. D’un point de vue professionnel, je voulais plus m’orienter à la base vers la politique ou le business. J’ai été recalé de HEC et de Sciences-Po Paris, et j’ai été plus ou moins forcé d’en arriver à ce choix-là quand j’ai vu que c’était ma seule option d’intégration”, raconte-t-il.

“Sciences Po a porté plainte et n’a pas forcément vu l’aspect bienveillant derrière”

“J’ai eu le déclic à partir du moment où je me suis fait recaler trois fois de Sciences Po Paris, l’école que j’essayais d’intégrer. Au moment où j’ai trouvé une faille sur leur site, j’ai vu une opportunité de pouvoir lier mes deux vies. Ça ne s’est pas passé comme prévu, Sciences Po a porté plainte et n’a pas forcément vu l’aspect bienveillant derrière l’aide que j’essayais de leur apporter”, ajoute celui qui indique n’être parti de presque rien. “J’avais quelques notions de codage, en apprenant de manière autodidacte tout seul devant l’écran. J’ai aussi eu beaucoup de chance en rencontrant et en m’entourant de bonnes personnes pour pouvoir avoir l’aventure numérique la plus complète”, reconnaît-il.

Plus qu’un métier, être un hacker implique avant tout d’avoir une conscience numérique selon lui. “Réaliser que sur Internet il y a des opportunités, des responsabilités mais aussi des risques à partir du moment où quelque chose est connecté”, souligne-t-il. “On est dans un climat de cyber-guerre mondiale : tous les gouvernements, tous les groupes sont sur le cyber-terrain à récolter des informations et à accumuler de la data. (…) Aucun système ne peut avoir une protection infinie et illimitée. Chaque ligne de code codée par l’être humain est vouée à être démantelée, analysée, étudiée, ce qui alimente une guerre sans fin. Le système bancaire actuel notamment alimente une grande partie de la cybercriminalité”, ajoute-t-il.

“Aujourd’hui, je vends des services sur les réseaux sociaux”

Quant au caractère illicite de nombreuses activités des hackers, Rabbin des bois assure ne plus y être lié. “J’ai arrêté toute activité illégale, sinon je ne serai pas ici ! J’ai été contacté par des entreprises privées mais je voulais vraiment travailler pour le peuple et essayer de transmettre le message de la conscience numérique pour que les gens réalisent à quel point c’est important en 2018. (…) Je vends des services sur les réseaux sociaux. Pour les personnalités publiques ou les entreprises, c’est très intéressant de développer sa visibilité. Donc je vends des followers, des likes, des vues, sur tous les réseaux sociaux. Ce n’est pas illégal, sinon je ne l’aurais pas fait, mais ça va à l’inverse des conditions d’utilisation des réseaux sociaux”, déclare-t-il.

Réécoutez en podcast toute l’interview de Rabbin des bois dans le Grand Matin Sud Radio

Rabbin des bois, le hacker repenti qui met en garde sur les cyber-dangers (RTL)

Ce pirate 2.0, qui a travaillé sur le dark Web, vient de publier le livre “Lève-toi et code, confessions d’un hacker”. Il se veut un lanceur d’alerte pour informer sur les dangers d’Internet.

PUBLIÉ LE 21/05/2018 À 10:52 MIS À JOUR LE 21/05/2018 À 12:33
Il est question d’internet dans la presse ce lundi 21 mai au matin. Le pire du net c’est à lire ce matin dans Le Parisien Aujourd’hui en France. Une interview de Rabbin des bois, c’est comme ça que s’est baptisé ce pirate 2.0. Dans un livre, ce hackeur de 25 ans raconte comment pendant des années, il a volé des millions de données, escroqué des multinationales.

C’est le cas de Paypal par exemple, le pirate a vendu par petites annonces des téléphones jamais livrés. “À 13 ans, raconte-t-il, je voulais gagner 10.000 euros par mois, quand je les ai eus, je voulais gagner 10.000 euros par jour.” Aujourd’hui et après avoir gagné beaucoup d’argent, le jeune homme dit vouloir mettre en garde les internautes, jouer les lanceurs d’alerte contre les cyber-dangers. Ses conseils : surtout ne jamais utiliser deux fois le même mot de passe. Quant à ceux qui ont déjà raconté toute leur vie sur le net, via Facebook ou autre, c’est, dit-il, fichu.

 

Un hacker repenti prédit un cyber-11 Septembre d’ici cinq ans (Le Parisien)

Dans « Lève-toi et code »*, « Rabbin des bois » raconte ses dix ans passés à pirater. Aujourd’hui, après avoir gagné énormément d’argent, il se proclame lanceur d’alerte et met en garde contre les dangers du dark Web.

Quand un hacker sort du bois, forcément, on a envie de le rencontrer. Mais interviewer « Rabbin des bois » – c’est son pseudo – est compliqué car le jeune homme tient à son anonymat. Quand il accepte enfin de venir dans les locaux du Parisien-Aujourd’hui en France, c’est sous condition : être masqué, méconnaissable.

Evidemment, quand ce hacker s’est présenté au siège de notre journal, Borsalino gris tombant sur de larges lunettes de soleil, et masque noir sur le bas du visage avec fermeture éclair imprimée en guise de bouche… les services de sécurité ont fait barrage. « Je suis habitué », s’amuse le jeune homme qui vient de publier le 16 mai ses mémoires de hacker : « Lève-toi et code »*. Un livre d’alerte qui tombe à pic, quelques semaines après le scandale Facebook-Cambridge Analytica, pour nous mettre en garde contre ce qui se trame dans les tréfonds du Web.

Enfant de Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, Rabbin des bois a plongé à 15 ans dans le « dark Web », le côté obscur de la toile. Durant dix ans, il a pillé les données personnelles sur les sites de grandes écoles, d’assureurs, exploitant les failles d’acteurs de premier plan comme PayPal ou BlackBerry, vendant des faux likes ou followers par millions pour s’enrichir en mode express. Repenti, le « data dealer », comme il se décrit, tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : « Un cyber 11 septembre aura lieu d’ici cinq ans qui va tout déstabiliser ».

Pourquoi sortez-vous du bois, et sous un pseudonyme ?

Quand on est hacker, normalement, on reste dans les ténèbres. J’ai écrit ce livre parce que je veux montrer ce qui risque d’arriver : d’ici cinq ans, un cyber-11 Septembre. Il y a, dans ce qu’on appelle le dark Web, des armées des hackers qui chaque jour attaquent les entreprises, les Etats… Je veux interpeller ceux qui n’ont pas de conscience numérique, qui ne réalisent pas ce qui se passe derrière l’écran. Je voulais témoigner aussi de ce que j’ai vu, de toutes les défaillances de sécurité. J’ai détecté une faille dans le système de Sciences-po, j’ai siphonné des millions de données personnelles pendant deux jours.

Quand vous êtes-vous repenti ?

J’avais postulé à Sciences-po et je voulais leur montrer de quoi j’étais capable. J’étais aussi prêt à prendre ma part de pouvoir grâce à ces milliers de données de première classe ! Au dernier moment, j’ai décidé d’être utile ; je leur ai dit où se trouvait la faille de sécurité en échange de la promesse de ne pas porter plainte. Et j’espérais intégrer l’école. Mais ils ont porté plainte. Voilà comment on traite en France les lanceurs d’alerte. Dans ces conditions, qui demain prendra le risque d’alerter ?…

Redoutez-vous d’être reconnu, poursuivi ?

Je ne suis pas serein, c’est sûr. Mais la police me connaît depuis l’affaire Sciences-po. J’ai eu droit à un rappel à la loi alors que je risquais deux ans de prison et 100 000 euros d’amende. La première règle du hacker, c’est ne jamais se faire prendre, sinon on est fini. C’est pour ça qu’on est tous parano. J’étais très connu sur le dark Web, j’ai pris un risque avec Sciences-po, j’ai perdu. Mais maintenant, je suis du côté Jedi de la force, je veux alerter sur le danger. Pour préserver l’authenticité de mon message, je dois conserver l’anonymat.

Dans votre livre, on comprend que vous avez engrangé énormément d’argent. Combien au total ?

Beaucoup, c’est vrai. Mais on n’est jamais assez riche… Quand j’avais 13 ans, je voulais gagner 10 000 euros par mois ; quand je les ai eus, je voulais gagner 10 000 euros par jour. J’ai gagné beaucoup parce que j’ai tout converti en Bitcoins, qui depuis a flambé, et qu’on peut facilement transférer d’un pays à l’autre. Pour le reste, je ne peux rien dire de plus.

N’avez-vous pas mauvaise conscience de ce vous avez fait et d’exposer des arnaques dont certains pourraient s’inspirer ?

Je ne pense pas inciter au crime et je n’ai fait de mal à personne. J’étais juste un marchand. Ce que faisaient les acheteurs de mes données, j’en sais rien et ça ne m’intéresse pas. Quand j’ai gagné de l’argent, c’est le système, les assureurs, les entreprises… qui étaient lésés. Les plateformes du marché noir dont je parle ont disparu. Je veux juste dire qu’on peut utiliser le Web comme ascenseur social. De chez soi, on peut gagner énormément d’argent dans la légalité : en faisant du graphisme, du webdesign, en codant – j’ai appris à coder tout seul ! Regardez Zuckerberg, Bezos…

En quoi y a-t-il danger pour nos données personnelles ?

Elles permettent de savoir qui vous êtes, vos habitudes, ce que vous aimez. Elles permettent de vous mettre dans des boîtes qui sont revendues cher à des entreprises, des agences de pub qui font du targetting : la publicité ciblée. C’est le capitalisme 2.0 qui pousse – de façon très limite – à la consommation. Ceux qui publient leurs données sur les réseaux ou ailleurs en se disant « Je n’ai rien à cacher », se trompent. Quand vous faites l’amour, vous fermez les rideaux, non ? Il y a un dicton simple : « quand c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit »…

Vous avez vraiment abandonné toute activité ?

Je vends encore des services à des entreprises parfois connues que je ne citerais pas et qui cherchent de la notoriété facile et rapide ; je vends un euro les mille faux followers. J’ai même des gamines de 14 ans qui ont moins de followers que leurs copines… Les règles des réseaux sociaux n’interdisent pas tout ça, j’en profite.

Devient-on addict au hacking ?

J’ai eu mon premier ordinateur à 11 ans et pendant dix ans, j’ai passé 15 heures par jour devant mon écran, parfois 48 heures d’affilée à surveiller des téléchargements de données, tout ça sur un ordinateur à 400 euros. J’ai toujours rêvé d’être maître du monde, depuis que je suis petit. Et là, je pouvais m’attaquer à des gros comme Sciences-po ! Mais les hackers n’ont pas de vie sociale, beaucoup deviennent dépressifs, rivés à leur écran.

Depuis vos déboires judiciaires, avez-vous reçu des offres d’emploi ?

Deux ou trois, je les ai toutes refusées. Pourquoi je travaillerais 35 heures pour un patron en gagnant moins qu’à faire ce que je veux ?….

Que redoutez-vous pour l’avenir ?

On est dans un climat de cyber-guerre mondiale. Tous les jours, il y a des milliers d’attaques contre des Etats, des entreprises… Et aujourd’hui, toute notre société repose sur le numérique. Vous savez, en Russie, on trouve dans la rue des distributeurs pour acheter des « likes », des « followers »… Ils ont une vraie conscience numérique là-bas, ils sont plus lucides que nous sur les risques… et les opportunités. Regardez comment Cambridge Analytica a truqué les élections. C’est ça qui nous guette.

Un conseil pour se protéger ?

Si vous avez déjà écrit toute votre vie sur le Web, c’est fichu. Le Web a de la mémoire. A ceux qui s’interrogent, je dis : n’utilisez pas toujours les mêmes mots de passe faciles à trouver. Et méfiez-vous du cloud : préférez une clé USB pour stocker vos infos.

* « Lève-toi et code, confessions d’un hacker », Rabbin des bois, aux éditions de la Marinière.

Rabbin des bois en cinq dates
Enfant de Chevilly-Larue (Val-de-Marne), Rabbin des bois (un pseudo, il est de confession juive), a « environ » 25 ans.

2004 : premier ordinateur.
2008 : avec un copain, il plonge dans le « dark Web », le côté obscur de la toile, pour « faire du fric facile ».
2008-2016 : il escroque PayPal en vendant par petites annonces des téléphones jamais livrés. Il escroque BlackBerry en exploitant une faille du service après-vente qui lui rapporte des dizaines de smartphones. Sa spécialité : la multiplication des faux comptes. Il vend les données personnelles volées, marchande des faux « like », faux « followers »…
Mars 2017 : Suite à une plainte de Sciences-Po, dont il a piraté les données, il est identifié et arrêté par la police puis jugé.
Mai 2018 : Il publie « Lève-toi et code », ses mémoires et une mise en garde.

 

Retrouvez l’article complet sur le site du Parisien

Les confessions d’un hackeur (Paris Match)

 

Il se fait appeler « Rabbin des bois ». C’est l’un des pirates français les plus renommés sur le net. Il a « craqué » les sites des plus grandes entreprises, des plus grandes écoles, et s’est fait pas mal d’argent. Brillant, voire génial, ce jeune homme de 23 ans nous a reçus, masqué, et casse nos dernières illusions sur une quelconque protection possible des données. Il publie aujourd’hui un livre. Son témoignage donne des frissons.

Retrouvez l’article sur Paris Match

MARIANA GRÉPINET

PARIS MATCH

S’il était identifié, ses confessions pourraient l’envoyer à l’ombre pendant quelques années. Alors le jeune homme, arrivé avec une heure de retard, se confond en excuses mais se montre prudent. Pendant les trois heures passées avec lui, il ne quittera pas le masque de tissu qui lui couvre le nez et la bouche. Tout de noir vêtu, il fait presque peur.

 

Mais sa voix trahit sa fébrilité. Et sa fierté d’être écouté. Il parle vite, trop vite. Mais se montre pédagogue, quitte à rappeler ce qui semble, pour lui, des évidences. On le sent sûr de ses capacités intellectuelles, de ses analyses, et fragile à la fois. « J’étais un enfant solitaire et très triste aussi », glisse-t-il. Il finira pas admettre qu’il l’est resté.

 

Il a, dit-il, essayé pendant des années de s’intégrer dans notre monde. « Mais il n’est pas honnête, pas juste et surtout pas rentable. » Il emprunte le vocabulaire de la saga Harry Potter pour nous désigner, nous qui sommes éloignés de la magie du numérique, comme des « moldus ». A tendance à exagérer : « Dans votre vie, j’ai envie de me défenestrer à cause de l’administration, je ne sais pas comment vous faites, la Caf, les trucs, les machins… »

 

Ce Rabbin des bois, qui admire « le légendaire et mythique Robin des bois », est croyant, juif, comme son pseudonyme le laissait présager. « C’est une histoire d’assimilation et d’adaptation mais pas une revendication », assure-t-il. Il se passionne pour la politique – il rêvait d’être président ! – mais refuse de dire pour qui il a voté à la présidentielle. On devine qu’il s’agit de Macron. Lorsque ce dernier était encore ministre, il l’avait contacté, persuadé qu’il serait candidat, pour lui donner « deux ou trois idées ». Il avait fini par correspondre, juste une fois, avec son bras droit, Ismaël Emelien. Sur internet, toutes les barrières sont abolies.

 

PARIS MATCH : COMMENT AVEZ-VOUS COMMENCÉ ?

 

Rabbin des bois : Ma mère est morte quand j’avais 13 ans, des suites d’une longue maladie. Je me suis retrouvé seul avec mon père, dans une tour HLM de Chevilly-Larue, en banlieue parisienne. J’ai réalisé que j’étais pauvre et que j’avais perdu toute foi dans le système. Je me suis replié sur moi-même et l’écran est devenu un refuge… J’y passais mes journées.

 

POUR JOUER ET POUR GAGNER DE L’ARGENT, VOUS MONTEZ VOS PREMIÈRES ARNAQUES…

 

C’était en 2010, grâce au service de paiement en ligne PayPal. Je postais des annonces sur Leboncoin ou eBay pour vendre un iPhone ou un iPad que je n’avais pas et, quand quelqu’un mordait à l’hameçon et envoyait son paiement sur le compte indiqué, je faisais basculer cette somme vers d’autres comptes. PayPal indemnisait la victime et revendait sa dette à une société d’assurances qui tentait de nous retrouver. En vain. Avec mon copain, ça nous rapportait 1 200 euros par mois. On a arrêté lorsque cela n’a plus fonctionné. Plus que voler, j’aimais trouver la faille dans le système. Après, j’ai découvert plus rentable.

 

QUOI PAR EXEMPLE ?

 

BlackBerry venait de lancer sa première tablette tactile, le BlackBerry PlayBook, pour essayer de concurrencer l’iPad d’Apple. Sans avoir moi-même de tablette, j’arrivais à m’en faire livrer une gratuitement en faisant croire au service client que la mienne était défectueuse, et je la revendais ensuite. Puis j’ai réalisé que ça pouvait produire de l’argent à l’infini parce que chaque pays avait son propre support informatique.

 

Sur Evolution, l’hypermarché des délits du darknet où s’échangeaient drogue, hack, armes, j’ai vendu ma méthode pour 2 000 euros. C’est parti comme des petits pains. Jusqu’au jour où BlackBerry a annoncé la fin du support pour le PlayBook, officialisant la fin de vie de cette tablette. On peut dire que j’ai coulé le produit… Puis je me suis mis à la data.

 

QUEL INTÉRÊT DE RÉCUPÉRER DE LA DATA ?

 

La data représente de l’information. Et l’information, c’est le pouvoir. Moi, je la vendais. Et pas très cher : 300 euros pour un million d’adresses e-mail, 10 centimes pour 100 « combos » (nom d’utilisateur + mot de passe ou e-mail + mot de passe).

 

Celui qui achète ça essaie ensuite d’en tirer profit. Il envoie à ces gens un message qui va infecter directement leur ordinateur ou un e-mail avec un lien « phishing » les invitant à se connecter à un faux site, celui des impôts par exemple. Les « combos », eux, sont utilisés pour s’introduire sur des comptes PayPal, Amazon ou encore Netflix, qui vont ensuite être vidés, s’il y a de l’argent dessus, ou revendus. Aujourd’hui, ta vie vaut moins que les données que tu produis, il faut s’y faire.

 

COMBIEN TOUT CELA VOUS A-T-IL RAPPORTÉ ?

 

Beaucoup. Je suis millionnaire en bitcoins. J’ai un peu moins de 200 bitcoins, soit 1,5 million d’euros. Mais le bitcoin, après avoir pris de la valeur, en a perdu beaucoup. La difficulté consiste à faire entrer cet argent dans le système légal. Il faut le blanchir ou accepter de payer 60 % d’impôts dessus. Ou alors faire un montage financier et résider pendant six mois à Malte.

 

Un jour, je récupérerai cet argent, mais pas pour l’instant. Je n’aspire pas à être riche. Quand j’avais 13 ans, je pensais qu’en gagnant 10 000 euros par mois, je pourrais tout faire. J’ai fini par gagner ça en un mois. Puis en un jour. Et j’ai réalisé que ça ne représentait plus rien. Je ne cherche plus à avoir mais à être…

 

AUJOURD’HUI, VOUS VOUS ÊTES UN PEU RANGÉ. QUE S’EST-IL PASSÉ ?

 

À la base, je voulais être maître du monde. Quand j’ai réalisé que ce n’était pas possible, j’ai voulu être président. Et, pour le devenir, il faut faire l’Ena et, avant cela, passer par Sciences po. J’étais bon élève. Après un bac + 3, j’ai essayé d’intégrer cette école. Je me suis fait recaler deux fois. Pour la troisième, début 2017, j’ai voulu mettre toutes les chances de mon côté. J’avais repéré sur le site de l’école des failles informatiques permettant de mettre la main sur de nombreuses données personnelles, dont quelque 220 000 adresses e-mail et des milliers de mots de passe d’étudiants.

 

D’ailleurs, ce sont sûrement ces failles qui sont à l’origine des « MacronLeaks », qui ont mis en ligne le contenu des boîtes mail de six responsables de la campagne d’Emmanuel Macron. J’ai pensé que révéler ces défaillances à Sciences po pourrait valoriser ma candidature. J’ai contacté l’école et j’ai parlé pendant deux heures à son directeur de la sécurité informatique. Mais ils ont porté plainte contre X et dit que j’avais demandé mon admission en rançon. C’est complètement faux.

 

LA POLICE A-T-ELLE DÉBARQUÉ CHEZ VOUS ?

 

Oui, il y a eu une perquisition et j’ai été placé en garde à vue. Je risquais jusqu’à deux ans de prison et 100 000 euros d’amende, mais je n’ai écopé que d’un rappel à la loi. C’était la fin d’une époque pour moi. J’ai arrêté mes activités illégales. D’ailleurs, comme je parle dans mon livre des vulnérabilités de grandes écoles comme Normale sup ou l’École de journalisme de Lille, de l’Université Lyon 2 ou d’un CHU, j’ai contacté l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) pour l’avertir. C’est un acte bienveillant et citoyen. L’Anssi m’a remercié et a précisé que ça s’inscrivait dans la loi pour une République numérique, promulguée en 2016, et qu’il n’y aurait pas de poursuites.

 

DE QUOI VIVEZ-VOUS AUJOURD’HUI ?

 

J’ai arrêté le « crime ». Je vends des services sur les réseaux sociaux, des « likes » sur Instagram et Facebook, des « followers » sur Twitter. On est nombreux sur le marché, mais je suis le moins cher de France. Deux euros les 1 000 followers : un clin d’œil à Xavier Niel et à son forfait Free Mobile à 2 euros. J’aspire à devenir le Xavier Niel des réseaux sociaux…

 

Twitter est le réseau social où il y a le plus de « bots » (robots informatiques) : environ 15 % de Twitter, soit 50 millions de comptes, sont de faux profils. Je vais à l’encontre des règles d’utilisation de ces réseaux sociaux, mais ça reste légal. Parmi mes « clients », il y a aussi bien des gamines de 14 ans qui veulent des « likes » sur leurs photos que des marques de vêtements, de boissons ou même de BTP. Les réseaux sociaux peuvent faire une carrière ou la détruire… L’influence est un business juteux ; je gagne environ 5000 euros par mois. Je hacke aussi sur commande des noms d’utilisateurs…

 

COMMENT ?

 

Par exemple vous, Paris Match. Sur Instagram, votre compte, c’est @parismatch_magazine. Mais la propriétaire du compte @parismatch est une jolie jeune fille avec 77 abonnés… D’un point de vue commercial, vous prenez une gifle. Je peux récupérer ce pseudo en hackant le compte et vous le rendre. De nombreuses marques me contactent ainsi pour retrouver leur Instagram. Je vends ce service entre 5000 et 10 000 euros. Pour une grande marque, ce n’est rien.

 

Parfois, je repère moi-même de faux comptes, comme ceux créés au nom des deux enfants de Cyril Hanouna. Il ne sait sûrement pas qu’ils existent. Je pourrais lui proposer de les lui redonner.

 

EN DEHORS DE SCIENCES PO, VOUS AVEZ ESSAYÉ D’INTÉGRER D’AUTRES GRANDES ÉCOLES, EN VAIN…

 

J’ai été recalé à Louis-le-Grand, l’Essec, Normale sup. Chaque fois que j’ai essayé d’avoir une admission académique, je me suis fait rejeter à l’oral, si ce n’est à l’écrit. Ces écoles n’intègrent pas des gens différents. Je ne rentre pas dans leurs codes, je ne suis pas formaté ni prêt à l’être. Mais j’aurais adoré suivre ce type d’études. Je vais peut-être d’ailleurs retenter Normale sup l’an prochain.

 

QUID DE 42, L’ÉCOLE DE XAVIER NIEL ?

 

Elle n’a aucune portée élitiste académique, ça ne m’intéresse pas. J’ai eu des offres d’emploi dans la sécurité informatique, mais j’ai refusé. Je peux faire mieux. Si j’avais une offre d’un très grand groupe, Apple, Facebook ou Google, là, ce serait autre chose.

 

QUI SONT VOS MODÈLES ?

 

Le programmeur Aaron Swartz, une figure iconique du milieu et un des esprits de la plateforme de discussion Reddit. Poursuivi par le FBI, il s’est suicidé avant son procès. J’admire aussi Edward Snowden, qui a échangé sa vie contre un enfer pour avertir les gens. Il devait être l’élément déclencheur d’une prise de conscience massive. Mais, en cinq ans, rien n’a changé. C’est triste. Côté français, je suis impressionné par Cyril Paglino, qui travaille aux États-Unis et a fondé Tribe, une application de messagerie vidéo instantanée, une sorte de nouveau Skype qui marche bien mieux.

 

VOTRE GRAND-PÈRE FUT DÉPORTÉ. « À CHAQUE FOIS QUE JE VOIS SON VISAGE, ÇA ME RAPPELLE QUE VIVRE À TRAVERS UN ÉCRAN N’EST PAS SENSÉ », ÉCRIVEZ-VOUS…

 

Quand je le regarde, je sais que je me trompe. La vraie vie est dans le partage. Moi, je suis seul à Paris. Je passe dix heures par jour devant mon écran. Je n’ai pas de vie sociale et je ne peux plus en avoir. Je suis détruit, je ne raisonne plus comme les autres, je ne suis plus dans votre monde. Quand je vois quelqu’un prendre un selfie, je tourne la tête. Mes meilleurs potes sont des lignes sur un écran, des mecs que je n’ai jamais vus.

 

POURQUOI CE LIVRE ?

 

Pour avertir les gens, les inciter à développer une conscience numérique. Leur faire comprendre qu’on est dans une cyberguerre numérique mondiale. Elle est déjà en train de se dérouler. Les entreprises, les gouvernements, les hackeurs essaient d’accumuler le plus d’informations, de datas possible.

 

En Ukraine, en décembre 2015, une cyberattaque utilisant le malware BlackEnergy a réussi à couper l’électricité à près de 80 000 foyers pendant plusieurs heures. Le risque est réel. Je pense qu’il est possible de hacker un avion. D’ailleurs, dans une récente interview, Guillaume Poupard, le directeur de l’Anssi, admet que l’attaque informatique d’un avion est une hypothèse que son agence prend en compte.

 

Des pirates peuvent s’en prendre aux opérateurs d’importance vitale (OIV) qui gèrent les infrastructures liées à la santé, à la gestion de l’eau, à l’énergie, aux transports. À partir du moment où c’est relié à internet, ça peut taper partout : les avions, le pétrole, mais aussi l’assainissement des eaux. En Iran, en 2010, le virus Stuxnet a affecté le programme nucléaire iranien et détruit des centrifugeuses. On a désormais la preuve qu’il s’agissait d’une opération conjointe des Américains et des Israéliens.

 

FAUT-IL SE MÉFIER DES OBJETS CONNECTÉS ?

 

Ça va être un fléau incroyable. A partir du moment où il y a le mot « Smart », cela signifie que l’objet est connecté à internet et qu’il peut donc être hacké, infiltré. En septembre 2016, un botnet, un réseau de bots, appelé Mirai, et composé quasi exclusivement de caméras de surveillance et de babyphones, a été utilisé dans une attaque sur internet, un DDOS (attaque par déni de service), qui a fait tomber l’hébergeur français OVH ainsi que Netflix, Airbnb, Reddit. C’était le plus gros botnet du monde.

 

Dans les dix prochaines années viendra aussi la domination de la « voix », qui se développe via les quatre « cavalières de l’Apocalypse » : Siri, Alexa, Cortana et Home.

 

Lève-toi et code. Confessions d’un hacker, par Rabbin des bois, éd. La Martinière, parution le 16 mai.

 

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La fille qui aurait dû être un garçon : “C’est là que le médecin m’a dit toute la vérité” (L’Obs)

Elle a de grands yeux pervenche, de longs cheveux châtains, une peau de pêche. Elodie, 29 ans, est une fille, très fille même, telle qu’on la voit. Mais, pour le corps médical, elle n’est pas fille du tout : Elodie est en effet ce qu’on appelle une personne intersexuée, c’est une femme avec des chromosomes XY et non XX.

Elodie a le patrimoine génétique d’un garçon, avec des testicules dans le ventre, pas d’utérus, un vagin très court, et c’est dû à une maladie au nom étrange, le syndrome d’insensibilité aux androgènes (SIA).

Bref, c’est une fille qui aurait dû être un garçon, un garçon qui pendant la grossesse de sa mère a vu son développement se bloquer, à cause de l’insensibilité aux hormones mâles, empêchant la formation d’un pénis.

C’est à 15 ans que ses parents lui ont appris qu’elle et sa petite sœur Lucie n’étaient pas tout à fait comme les autres.

“Ils nous ont dit qu’on avait une maladie génétique. Qu’on serait stériles. Mais je ne comprenais pas trop ce qui se passait.”
“C’est un coming out”
La suite ? Un long tunnel de doutes, de questionnements, de déchirements, alors qu’elle entre dans la période déjà incertaine de l’adolescence.

Ce jeudi 3 mai, elle fête la sortie de son livre : “Telle que tu me vois”, texte émouvant, coécrit avec la journaliste Emmanuelle Belohradsky, qui la connaît depuis quelques années et l’a accompagnée dans ce processus de prise de parole.

Par Doan Bui

Publié le 09 mai 2018 à 15h55

Le suite sur l’Obs

L’étonnant parcours du hackeur de Sciences Po

En début d’année, le prestigieux établissement parisien a été piraté… par un candidat à son concours d’entrée. Un risque qui touche de très nombreux établissements du supérieur.

LE MONDE | 07.03.2017 à 14h41 • Mis à jour le 09.03.2017 à 13h38 | Par Damien Leloup

A la mi-février, au Parc des expositions de Villepinte, au nord de Paris. Plusieurs milliers de candidats planchent sur le concours d’entrée à Science Po Paris. Parmi les postulants à la prestigieuse formation parisienne, un candidat connaissait probablement un peu mieux que les autres certains aspects de la grande école. Quelque temps plus tôt, il avait piraté une partie du site de Sciences Po, mettant la main sur deux bases de données comportant quantité de données personnelles, dont les mots de passe, de 4 000 étudiants en cours de scolarité ou fraîchement diplômés, ainsi qu’une liste de 200 000 adresses e-mail de personnes ayant assisté à des événements organisés par la grande école.
Après son piratage, mais avant de passer le concours, le hackeur a contacté Le Monde. Il utilise le pseudonyme « Rabbin des Bois » – « Je prends aux puissants pour montrer aux petits ce qui peut leur arriver », dit-il. Il n’a pas publié ni revendu le contenu des deux bases de données et assure n’avoir eu aucune intention criminelle, mais avoir pris les données uniquement « parce que c’était possible » et pour « avertir le grand public » :

« Si un type comme moi peut, avec un PC à 400 euros, récupérer les données de la plus prestigieuse école de France depuis sa chambre de HLM, vous imaginez tout ce qu’il est possible de faire… Il est plus que temps que l’on prenne la sécurité informatique au sérieux. »
Ingénierie sociale
Le parcours de Rabbin des Bois est assez étonnant. Il n’a « pas eu de chance dans la vie », dit-il : une mère morte alors qu’il est jeune, un père distant, une jeunesse dans un quartier pas très riche de région parisienne. Au lycée, ses notes s’effondrent après la mort de sa mère. Le jeune homme se réfugie sur la Toile, où il passe « dix heures par jour, à absorber, à apprendre » – et notamment sur des forums cachés où se vendent, s’achètent ou s’échangent données volées et failles informatiques. Il se spécialise dans l’ingénierie sociale ; le fait de se faire passer pour autrui ou d’utiliser les bons ressorts psychologiques pour inciter une « cible » à ouvrir une pièce jointe piégée :

« Ado, je faisais ça comme un jeu, mais je gagnais aussi de l’argent. J’avais commencé par créer des bots [type de programme informatique qui effectue des tâches automatisées] pour des jeux vidéo en ligne, je gagnais 800 euros par mois environ. Puis j’ai vendu des “likes” sur les réseaux sociaux, commandé des iPad sans payer sur des sites de vente en ligne… Je gagnais beaucoup d’argent. »
Son père, lui, ne voulait pas entendre parler des activités annexes de son fils. « Pour lui, réussir dans la vie, c’est faire de bonnes études. Quand j’étais petit, il me disait tout le temps que j’allais faire Harvard. » Faute d’Harvard, Rabbin des Bois en est persuadé, il doit faire Sciences Po Paris, mais son premier essai est un échec cuisant. Il assure pourtant ne pas avoir piraté l’établissement dans un esprit de revanche – au cours d’une discussion entre le hackeur et l’école, il a expliqué à cette dernière comment corriger les failles de sécurité ayant permis le piratage. Même si, reconnaît-il, il aurait rêvé de pouvoir bénéficier d’un « bonus » au concours après sa « bonne action », dit-il :

« Aux Etats-Unis, on m’aurait donné une récompense. En France, lorsqu’on signale une faille de sécurité, on risque la prison. »
Conformément à sa politique, Sciences Po a refusé d’accorder tout passe-droit à Rabbin des Bois, explique l’établissement.

Le discours de Rabbin des Bois sur le système éducatif dans son ensemble est très critique. Il vit comme une injustice fondamentale le fait de ne pas réussir à « rentrer dans le moule », alors même que dans « son » domaine, la sécurité informatique, les grandes écoles et les universités sont « nulles » – avant Sciences Po, il avait aussi piraté « très facilement » les données personnelles des anciens élèves de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, l’une des plus réputées en France, et a ensuite signalé la faille à l’établissement, qui l’a corrigée.

La faute, estime-t-il, à un système de reproduction des élites inadapté aux élèves ayant un profil différent. « J’adorerais faire Sciences Po. Mais le système de sélection des grandes écoles n’est pas fait pour des étudiants comme moi », estime-t-il. Reçu à l’écrit d’une autre grande école parisienne, il a eu le sentiment d’avoir été rejeté à l’oral parce qu’il ne « parle pas comme les gens qui sortent d’Henri-IV ou de Louis-le-Grand. « Moi, je voulais juste avoir un putain de futur. »

Amer, le hackeur dit avoir du mal à comprendre ce décalage, d’autant plus qu’il a vu, aux premières loges, l’importance qu’a et qu’aura la sécurité informatique dans le futur. « J’ai vu des hackeurs ruiner des vies », explique-t-il :

« Aujourd’hui, votre vie vaut moins que les données que vous produisez. Tout le monde se dit que se faire pirater, ça n’est pas possible, jusqu’à ce que ça leur arrive… Mais en réalité, c’est le Far West. Des mecs comme moi, dans dix ou quinze ans, il n’y aura plus que ça, et personne ne semble en avoir conscience. Le “hack” de Sciences Po, c’est juste la partie émergée de l’iceberg. »
Sur ce dernier point au moins, difficile de lui donner tort : le piratage dont a été victime Sciences Po est loin d’être un cas isolé. Selon les décomptes du Monde, depuis 2013, au moins vingt universités françaises ont été touchées par des piratages plus ou moins graves, concernant parfois des laboratoires de recherche, et parfois la base de données des étudiants.

A Lyon-III-Jean Moulin, à la fin de 2015, un hackeur était parvenu à avoir accès à l’intégralité des informations des étudiants, numéro de Sécurité sociale et notes comprises. A Tours, en 2013, c’est le laboratoire d’archéologie qui s’était fait voler sa base de données. A Nancy, toujours en 2013, un étudiant de l’université de Lorraine avait piraté la messagerie de sa propre université, « pour tester »…

Lire : Des données personnelles d’étudiants de Lyon III à nouveau piratées

Ces cas ne représentent potentiellement qu’une petite partie des piratages ayant visé des établissements d’enseignement supérieur, puisqu’il ne s’agit que des intrusions revendiquées ou pour lesquelles l’auteur a été retrouvé ou condamné. Les pirates cherchant à revendre les données dérobées restent généralement discrets, et une même faille peut, au moment de sa découverte, avoir déjà été exploitée par plusieurs intrus…

Comme dans beaucoup d’autres domaines, chaque université est libre de fixer sa propre politique en matière de sécurité informatique et les ressources qu’elle y octroie, explique Stéphane Amiard, vice-président de l’université d’Angers et membre du comité numérique de la Conférence des présidents d’universités. « Chaque université a son responsable de la sécurité des systèmes d’information, mais ils travaillent en réseau. » S’il reconnaît que « tout n’est pas rose », et que les piratages arrivent, M. Amiard note que les dirigeants d’université sont aujourd’hui très sensibilisés à ce sujet. « La situation est très différente de celle d’il y a dix ans », assure-t-il.

Dès lors, pourquoi des piratages se produisent-ils encore régulièrement ? Pour M. Amiard, ce n’est en tout cas pas une question uniquement budgétaire. « Lorsqu’il faut renouveler des équipements de sécurité, il n’y a jamais de débat », dit-il, notamment parce que ces dépenses sont considérées comme des investissements, et non des frais de fonctionnement, ce qui facilite leur financement :

« Bien sûr, l’investissement seul ne fait pas la sécurité, et il peut y avoir des niveaux d’expertise variables selon les universités, mais le système de recrutement nous permet d’embaucher des ingénieurs systèmes et réseaux spécialisés. »
Au-delà du fait que les universités peuvent être des cibles tentantes pour petits plaisantins et grands criminels, un facteur peut aussi expliquer les piratages réguliers d’universités : la taille et l’hétérogénéité de leurs systèmes d’information. « Dans une université moyenne comme celle d’Angers, nous avons une centaine de briques différentes », détaille M. Amiard. « Les principales plates-formes des universités sont généralement à jour, mais elles ont parfois des sites Web annexes, anciens, et moins bien protégés. » Autant de portes d’entrées potentielles pour des pirates cherchant à voler des informations ou à perturber le fonctionnement d’un établissement.

Au-delà des piratages crapuleux et de ceux réalisés par des étudiants cherchant à remonter artificiellement leurs notes – au moins deux cas répertoriés ces cinq dernières années – certains piratages répondent aussi à un motif plus « politique ». « L’éducation nationale d’aujourd’hui est un échec total, retentissant (…). L’Etat préfère agrandir les prisons plutôt qu’améliorer les écoles », expliquait ainsi au magazine spécialisé Zataz, un pirate utilisant le pseudonyme « The Destroyer », après avoir revendiqué en 2014 le piratage de plusieurs sites de l’éducation nationale. Un entretien dans lequel il accusait également le système éducatif d’avoir « ruiné sa vie ».

Pour ces étudiants-hackeurs, qui peinent à trouver leur place dans les formations classiques, la situation a toutefois nettement progressé ces dernières années, juge Monir Morouche, qui dirige aujourd’hui Suricate Concept, une société spécialisée dans la sécurité informatique. Lorsqu’il débute des études d’informatique à l’université de Lille-I il y a une dizaine d’années, il découvre une faille de sécurité sur les serveurs de l’université, qu’il signale à ses enseignants.

« J’ai été convoqué par l’administration, on m’a dit “des gars comme toi, on en a déjà eu, ils utilisent la puissance de calcul de la fac pour casser des clés, on n’en veut pas”. » Après avoir essayé « presque toutes les licences d’informatique de France », il a créé son entreprise, qui propose audits de sécurité et formations, et compte aujourd’hui parmi ses clients… l’université de Lille-I. « Le monde a changé », juge M. Morouche :

« Si je commençais mes études aujourd’hui, j’aurais trouvé des licences spécialisées dans la sécurité informatique, où je n’aurais pas eu les mêmes problèmes. Quand j’ai commencé dans le métier et candidaté auprès de grandes sociétés, on me disait “on veut des seniors”. Aujourd’hui ils recrutent surtout des jeunes ! Nous-mêmes, nous embauchons des étudiants qui ne sont même pas encore diplômés. »
Le diplôme, pourtant, reste souvent un sésame indispensable… pour les parents.

M. Morouche lui aussi a fait face à l’incompréhension de ses parents, qui le poussaient à poursuivre des études alors même qu’il avait déjà créé sa société. Rabbin des Bois envisage, aujourd’hui, de suivre le même parcours. « Sciences Po, c’est la fin de ma carrière [illégale] », affirme-t-il, expliquant vouloir raccrocher et créer sa société de sécurité informatique, tout en écrivant en parallèle un livre sur ses activités de hackeur. A moins, bien sûr, qu’il n’ait, cette année, le concours de Sciences Po Paris, dont les résultats sont attendus en avril. Coïncidence, cette année, l’une des épreuves du concours portait sur un spécialiste bien connu de la sécurité informatique : le lanceur d’alerte Edward Snowden.

Mise à jour, le 7 mars : Une première version de l’article indiquait de manière erronée que la tentative de piratage de la messagerie de l’université de Lorraine avait eu lieu en 2016, et non en 2013.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/03/07/l-etonnant-parcours-du-hackeur-de-sciences-po_5090598_4408996.html#Mh0EOZj1Y59tZ7Ke.99

“Lève-toi et code : confessions d’un hacker” (éd. La Martinière)

A l’ère du tout digital et à l’heure où la protection de nos données est primordiale, le hacker de Sciences Po revient sur son parcours dans un témoignage choc qui met en évidence le retard français quant aux questions de cybersécurité. Il a hacké les bases de données de Sciences po pour montrer à tous les failles de leurs systèmes. Il est devenu Rabbin des bois, l’un des hackers les plus reconnus du public français.

Il se fait appeler « Rabbin des bois » –un peu par jeu. De confession juive, il hacke les puissants pour montrer à tous les failles des grands systèmes informatiques qui abritent nos données personnelles.

Dans ce récit court, porté par un vrai flow littéraire, Rabbin des bois raconte son parcours singulier. Élevé dans un quartier modeste en région parisienne, il perd sa mère lorsqu’il est très jeune. Ses notes chutent, le jeune homme se réfugie sur la Toile où il se spécialise dans un marché parallèle de données volées et hackings divers. Il en tire des revenus conséquents. Mais son rêve n’est pas là.

Début 2017, il passe plusieurs heures en garde-à-vue pour avoir hacké les données de 4 000 étudiants de Sciences po. Il ne les a ni revendues ni diffusées. Son but, c’est d’être un lanceur d’alerte. Là où, aux Etats-Unis, des universités comme Harvard l’auraient immédiatement intégré à leurs équipes, le système français le montre du doigt. Ce livre met en évidence le retard de notre pays sur la question de la protection des données. Il est aussi un témoignage littéraire ultra-contemporain, porté par une voix nouvelle et une personnalité hors du commun.

Rabbin des bois a commencé ses activités de hacker à l’âge de treize ans. Professionnel du piratage, il tente de faire prendre conscience du développement de la criminalité digitale et des enjeux de la cybersécurité.

Source et contact presse : Éditions de La Martinière et Agence de presse Agence Anne&Arnaud

 

Pour en savoir plus

Lève toi et code, un ouvrage initié par Litcom pour les éditions de La Martinière

Isabelle Fromantin auteur de “Blouse blanche et poils de chiens” dans Le Monde

Doués pour repérer des stupéfiants ou retrouver la trace d’un disparu, ils savent aussi détecter certaines maladies. En France, une expérience est menée depuis deux ans, pilotée par la chercheuse Isabelle ­Fromantin, de l’Institut Curie.

 

Le projet Kdog a été lancé en septembre 2016 par le maître-chien Jacky Experton en collaboration avec Isabelle Fromantin, de l’Institut Curie. Il consiste à dresser des chiens afin qu’ils reconnaissent la signature olfactive du cancer du sein.
Tout, absolument tout, sur terre, a une odeur. Aucune n’échappe à une truffe de chien. Pas même celle du cancer. C’est ce que compte démontrer Didier Valentin, ancien capitaine de l’armée, maître-chien devenu expert de la détection d’explosifs. Il éduque pour ce « beau projet susceptible de sauver des vies » trois jeunes chiens de chasse springer dans son chenil de Champvoisy (Marne). Par le passé, déjà, il a mis ses springers à contribution pour traquer les maladies de la vigne. « Ils ont mille fois plus de capacités olfactives que nous. Nous, nous voyons, puis touchons pour confirmer. Eux sentent, puis regardent pour vérifier. »

Ce projet on ne peut plus sérieux a démarré il y a deux ans grâce à un autre maître-chien, Jacky Experton. Persuadé que les millions de récepteurs olfactifs présents dans le museau de ses chiens pouvaient détecter certaines maladies, M. Experton adresse des courriers tous azimuts aux hôpitaux. Une seule personne prête attention à cette offre de services apparemment farfelue : Isabelle ­Fromantin, infirmière et chercheuse de l’Institut Curie, à Paris.

Elle est déjà sur la même piste. Spécialiste de la cicatrisation des plaies tumorales, souvent malodorantes, elle a soutenu une thèse de sciences sur les composés odorants volatils qui s’en dégagent et le repérage de leur signature olfactive. Avec 80 000 euros récoltés par financement participatif, l’aide de l’Institut Curie et de diverses fondations, un premier test de six mois est mené en 2016-2017, en collaboration avec le maître-chien.

Dans une salle d’analyse cynophile, deux bergers malinois spécialement dressés par Jacky Experton détectent en deux passages toutes les 79 lingettes posées, une nuit durant, sur la poitrine de femmes atteintes du cancer du sein, parmi les 130 qui leur sont présentées. Une réussite pour « ce projet aux allures quelque peu étranges » mais dont « le rationnel…

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2018/03/23/depistage-du-cancer-du-sein-le-chien-a-l-etude_5275444_4497916.html#C8AmZiyfgMlwQ6Ye.99

Isabelle Fromantin, auteur de “Blouse blanche et poils de chiens” sur BFMTV

Pour détecter des cancers, “le chien est un outil fantastique”

Elle utilise des chiens pour détecter des tumeurs cancéreuses. Isabelle Fromantin, infirmière, docteur en sciences et auteure de Blouse blanche & poils de chien (sortie le 5 avril), était l’invitée de Bourdin Direct ce lundi.
C’est en travaillant sur les plaies liées aux cancers qu’elle s’est rendue compte que les chiens pouvaient aider à détecter les tumeurs cancéreuses. Isabelle Fromantin, infirmière, docteur en sciences et auteure de Blouse blanche & poils de chien (sortie le 5 avril), était l’invitée de Bourdin Direct ce lundi. “On a un outil fantastique, plus performant que tout ce qu’on a créé, c’est le chien. Son odorat est exceptionnel, et il a cette capacité de distinguer les différentes odeurs des individus”, explique-t-elle.

Son projet, K-dog, lancé en septembre 2016 à l’Institut Curie, consiste à dresser des chiens afin qu’ils reconnaissent la signature olfactive d’une tumeur. “Les femmes déposent une compresse sur leur sein, et les chiens vont ensuite renifler ces compresses. Les chiens ont réussi à dire lesquelles avaient des tumeurs cancéreuses. C’était pourtant de petites tumeurs. Depuis on les fait travailler sur des exercices plus difficiles, et ils y arrivent”.

 

Isabelle Fromantin le reconnaît: “Au départ, beaucoup de membres de la communauté scientifique nous regardaient en souriant. Maintenant moins. Les chiens ça ne passe pas très bien”. Elle en est sûr: les chiens permettront un dépistage à moindres frais et précoce, donc susceptible d’accroître les chances de guérison.

Sortie de “Un ticket pour l’éternité : vie et mort de stars trop tôt disparues” (éd. La Martinière)

La mythologie des célébrités a aussi sa face sombre, sur laquelle nul n’a jamais écrit avec autant de passion que Bruno de Stabenrath. Accidents de voiture, d’avion ou de moto, suicides, assassinats, overdoses, disparitions… les plus grands mythes du cinéma, de la musique, de la peinture ou de la littérature doivent souvent leur légende à une fin prématurée : James Dean et la malédiction de La Fureur de vivre, le dernier vol de Saint-Exupéry, la virée fatale en Ferrari de Rubirosa, l’homme aux cinq mille conquêtes, Jean de Breteuil, enfant damné et dealer des stars, un virage de trop pour le « fast and furious » Paul Walker, le karma fatal et cruel des fils Malraux…

Bruno de Stabenrath redonne vie à chacune de ces tragédies avec un humour, une tendresse et une sincérité qui subliment autant qu’ils dénoncent notre fascination pour la fatalité lorsqu’elle frappe les êtres jeunes et talentueux – ceux que l’on croyait immortels.

Fils d’une pianiste de jazz, lui-même enfant-acteur avec François Truffaut, Bruno de Stabenrath est l’auteur de livres et de chansons dont la créativité personnelle a marqué de nombreux écrivains et cinéastes contemporains. Dans les coulisses des studios de cinéma et de musique, ou dans les années 1980 à Guitare Magazine, il a participé à la redécouverte des destins oubliés du XXe siècle jusqu’à nos jours. C’est après un accident de voiture en 1996 que Bruno de Stabenrath a écrit son premier roman, Cavalcade, best-seller paru en 2001 et publié dans une vingtaine de pays.

Sortie de “Telle que tu me vois : l’histoire d’une fille qui aurait dû être un garçon” (éd. La Martinière)

J’ai quinze ans et je n’ai toujours pas mes règles. Tant pis, je garde précieusement au fond de mon sac un tampon, pour le jour où. Mais ce jour n’arrivera pas.
L’échographie a révélé un trou noir à la place de l’utérus. Un trou noir ? Chez moi, cela résonne comme un vide abyssal. Mais alors, est-ce que je pourrais avoir des enfants ? Est-ce que je suis quand même une femme ? Mes parents savaient, pourquoi n’ont-ils rien dit ?
Je comprendrai plus tard qu’il ne s’agit pas tant d’astronomie que d’un syndrome rare : je suis une femme XY. Une fille avec le patrimoine génétique d’un garçon. Et il faudra bien que j’apprenne à vivre avec.

Dans un récit empreint d’une grande délicatesse et de beaucoup d’humour, Élodie raconte comment elle a réussi à se forger un destin de femme avec ce syndrome hors norme. Et nous donne à lire une vraie leçon de vie, de courage et d’amour.

 

Le Figaro Magazine au sujet de “Assad” : “Dans l’antre du Diable”

Régis Le Sommier, directeur adjoint de Paris Match, est l’un des rares journalistes à avoir pu rencontrer Bachar el-Assad et ce à plusieurs reprises. Cela lui a attiré les foudres de certains confrères sentencieux et moralistes pour qui le leader syrien rest le Mal incarné. Dans ce livre, il revient sur ses séjours en Syrie et livre ses impressions personnelles sur un homme complexe et secret. Y est notamment relaté ce long entretien réalisé en juin 2015 et non destiné à publication, dans le refuge d’Assad, sur les hauteurs de Damas. Un chapitre off the record qui fourmille d’anecdotes et d’informations sur le dictateur syrien, le décrit dans son intimité et son quotidien (…).” Jean-Louis Tremblais, Le Figaro Magazine.

Paris Normandie : Regis Le Sommier avait conscience d’interviewer « quelqu’un qui a du sang sur les mains »

Le grand entretien. Régis Le Sommier, directeur-adjoint de la rédaction de Paris Match, est l’un des rares journalistes à avoir rencontré à plusieurs reprises le président syrien. Un personnage complexe, passé du statut de leader moderne et ouvert à celui de bourreau de son peuple.
Comment parvient-on à décrocher deux interviews d’un chef d’État aussi détesté, aussi menacé que Bachar el-Assad ?

Régis Le Sommier : « Le couple présidentiel avait fait un voyage en France en novembre 2010 et un journaliste de Paris-Match avait décroché une interview avec la première dame. Il n’a pas pu assurer cet entretien et je me suis donc retrouvé à interviewer Asma, la femme du président syrien. Trois mois plus tard, début 2011, la guerre en Syrie a débuté. Je me suis appuyé sur cette rencontre pour demander une interview de Bachar El Assad. Après de nombreux reports, elle s’est finalement déroulée en novembre 2014. »

La situation est alors très différente de celle qui prévalait lors de votre première demande. Dans quel état d’esprit interviewe-t-on quelqu’un suspecté d’atrocités sur son propre peuple ?

« Je me dis que je vais interviewer quelqu’un qui a du sang sur les mains, ça c’est évident. Mais je suis convaincu qu’il faut aller à sa rencontre. On a aujourd’hui tellement d’experts, d’analystes, qui parlent de la Syrie alors qu’ils n’y sont pas allés depuis des années ou qu’ils n’y ont même jamais foutu les pieds ! Or, rien ne remplace la pratique du terrain. Et puis cette interview est d’autant plus importante que c’est la première que donne Bachar El-Assad après l’émergence de l’État islamique, qui a envahi le tiers de la Syrie en quelques mois à peine et vient de proclamer le Califat. Quant au contenu, je pense n’avoir évité aucune question en lui demandant pourquoi il avait bombardé les populations civiles, pourquoi il taxait tous ses adversaires de terroristes, s’il avait peur de finir comme Saddam Hussein et Kadhafi, s’il avait donné l’ordre de tuer le premier ministre libanais Rafik Hariri… »

« Tout glisse sur lui comme sur un métal inoxydable », écrivez-vous. Avez-vous néanmoins senti lors de vos entretiens qu’il mesurait la gravité de la situation dans laquelle se trouvait le peuple syrien ?

« Il y a une clef intéressante qui permet de comprendre comment fonctionne cet homme : c’est un passionné d’informatique, presque un geek, qui parle de l’État Islamique comme d’un virus qui contaminerait un ordinateur, de l’incompatibilité entre communautés en comparant cela à une incompatibilité Mac/PC… Cet esprit scientifique, technologique, fait qu’il tient les événements à distance, avec une forme de froideur. L’autre clef, c’est son éducation. Son père, Hafez El-Assad, est quelqu’un qui vient du peuple, qui est à même de comprendre les soubresauts qui l’agitent. Bachar est familier de la culture occidentale, a étudié en Angleterre. Il a une connaissance beaucoup moins fine de ce que vivent les Syriens. »

Bachar El Assad a hérité du pouvoir à la mort de son frère aîné. En quoi sa volonté de conquérir une légitimité a-t-elle pu le conduire à des excès ?

« L’inflexibilité qu’il a manifestée dès le début de cette guerre a sans doute été une manière pour lui de se faire un prénom. Mais ce qui est paradoxal, c’est que je ne pense pas que ce soit quelqu’un de violent ou de sanguinaire. Il est en revanche le produit d’un système, et pour perpétuer ce système, il est allé jusqu’au bout. Et puis il y a chez lui une forme de cynisme. Contrairement à d’autres leaders impopulaires que j’ai pu rencontrer, comme Georges Bush par exemple, qui disait au moment de la guerre en Irak qu’il avait du mal à dormir, il ne manifeste pas de compassion particulière. »

« LA POPULATION SYRIENNE A LE CULTEDU CHEF »

Est-il vraiment le seul décisionnaire ou est-il l’objet d’un clan au pouvoir ?

« Je ne pense pas qu’il soit le jouet d’une faction à l’intérieur du parti Baas, d’un membre de sa famille ou du patron des services de renseignement comme on a pu l’entendre. C’est un homme qui donne toujours l’impression d’être aux commandes. D’ailleurs l’État syrien, même aux pires moments, ne s’est jamais effondré. J’ajoute que Bachar El Assad a su s’imposer comme l’homme fort, au sein d’une population syrienne qui a le culte du chef. »

Où en sont les rapports entre la Syrie et la France ?

« Si on s’en tient aux faits, il apparaît que le vainqueur n’est pas celui que nous avons choisi. La France a loupé le coche dans la mesure où elle était l’ancienne puissance mandataire, qu’elle avait des intérêts dans le pays. Au lieu de cela, elle a joué un camp contre l’autre. Et elle a perdu. Cette posture morale nous a fait perdre pied en Syrie mais aussi dans tout le Moyen-Orient. Et malgré les efforts d’Emmanuel Macron pour revenir dans le jeu, on paye aujourd’hui cette disqualification. »

« PERSONNE NE PEUT DIRE AUJOURD’HUI CE QU’IL VA DEVENIR »

À votre avis, quelles ont été les erreurs d’appréciation commises par les Occidentaux vis-à-vis de Bachar ?

« Il y a eu deux erreurs considérables : d’abord, comme on l’avait fait avec Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, on a cru que le départ de Bachar El Assad allait amener automatiquement une démocratie pluraliste, intégrant les minorités, respectant les droits des femmes… Mais ça ne marche pas comme ça. Ça donne même des catastrophes. Et puis on a fantasmé, à travers une construction politico-médiatique, une opposition syrienne moderne, ouverte et tolérante. Or, aujourd’hui, à part ce qui reste de l’Armée Syrienne Libre, même la plus modérée des organisations qui combattent Bachar se revendique avant tout de l’Islam. »

En refusant une ingérence occidentale, la Syrie ne s’est-elle pas inféodée à la Russie et à l’Iran ?

« Bachar El Assad a fait des choix logiques. Son comportement relève à la fois d’un cynisme absolu et d’un pragmatisme total. La présence russe en Syrie remonte à plus de quarante ans, et les liens militaires sont anciens. Et l’idée de maintenir un lien entre le Hezbollah, la Syrie, l’Iran et désormais l’Irak au sein d’un arc chiite illustre son pragmatisme. Il est toutefois évident que ces deux grands pays n’ont pas volé au secours de Bachar sans contreparties… »

La religion, écrivez-vous, serait la grande gagnante de la guerre en Syrie. Pourquoi ?

« Quand vous avez 340 000 morts, 20 % des habitations détruites et des gens qui ont fui en masse leur pays, vous avez tendance à vous en remettre à quelque chose qui n’est pas de l’ordre du rationnel. La religion est la soupape qui permet aux hommes de continuer à vivre dans des circonstances dramatiques. »

Bachar el-Assad peut-il rester au pouvoir durablement ?

« C’est toute l’énigme de ce personnage. En mars 2011, on lui donnait un, deux ou trois mois avant de quitter le pouvoir. Il devait être la énième tête à tomber sous le souffle des révolutions arabes. Or, il est toujours là. Il s’est fait un prénom. Et ses partisans le considèrent comme leur sauveur. Personne ne peut donc dire aujourd’hui ce qu’il va devenir. »

Retrouver l’article sur Paris Normandie 

Régis Le Sommier sur RTL pour Assad

Symbole de modernité à ses débuts, Bachar Al Assad incarnait tous les espoirs aux yeux de l’Occident… Plus de 300 000 morts plus tard, on le surnomme le “Boucher de Damas”. Alors que les forces du régime de Bachar Al Assad tentent de reconquérir la province d’Idlib en partie sous le contrôle des jihadistes, et ce, au prix de nombreuses victimes civiles… On se pose une question, qui est vraiment Bachar El Assad ?

On décrypte l’énigme Bachar Al Assad avec Régis Le Sommier, grand reporter, directeur adjoint de Paris Match, expert du Moyen-Orient et du terrorisme.

Assad à paraître demain aux éditions de La Martinière

A retrouver sur RTL

Régis Le Sommier sur France Inter pour “Assad”

1 café 3 questions à Régis Le Sommier, autour de Bachar el Assad et la situation en Syrie.

Que se passe-t-il dans la tête de Bachar al-Assad ? Régis Le Sommier est l’un des rares journalistes à avoir rencontré le président syrien à plusieurs reprises depuis le début de la guerre en Syrie. Il est Directeur-adjoint de Paris Match et publie Assad aux éditions de La Martinière.

Par Hélène Roussel

Régis Le Sommier invité de C à vous pour “Les mercenaires du calife”

Avec Patrick Cohen, Pierre Lescure, Maxime Switek, Anne-Laure Bonnet, Marion Ruggieri, Samuel Laurent. Anne-Élisabeth Lemoine, accompagnée de Jean-Michel Aphatie, Pierre Lescure, Mélanie Taravant et Maxime Switek reçoit :

– Me Henri Leclerc, avocat pour son livre « La parole et l’action – mémoire d’un avocat militant » aux éditions Fayard.

– Régis Le Sommier, directeur adjoint de Paris Match pour son livre « Daech, l’histoire » aux éditions La Martinière.

– Sylvie Pierre-Brossolette, membre du CSA chargée du droit des femmes.

Europe 1 Social Club : “Quel avenir pour Daech ?”, avec Régis Le Sommier

Frédéric Taddeï, première heure : le débat d’Europe soir sur des sujets d’actualité, met face à face des politiques, des journalistes et des intellectuels que l’on n’entend pas ailleurs.

Invités :
Wassim Nasr, Journaliste à France 24et chercheur spécialiste du Moyen-Orient et des mouvements djihadistes. Auteur de « Etat islamique . Le fait accompli » (Plon, 2016). Agnès Levallois, Consultante spécialiste du Moyen-Orient. Vice-présidente de l’iReMMO (institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient). Chargée de cours à SciencesPo et l’ENA. Régis Le Sommier -Grand Reporter et directeur adjoint de Paris Match. Auteur de « Les mercenaires du calife » (La Martinière, 2016). Frédéric Pichon,Géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur de « Syrie, une guerre pour rien » (Les Editions du Cerf, 2017).