Un prisonnier russe

Couverture d’ouvrage : Un prisonnier russe
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Dans cet ouvrage, rédigé lors de ses rares moments de disponibilité en prison, Mikhaïl Khodorkovski dresse le portrait de ses codétenus, les prisonniers de droit commun de la Russie d'aujourd'hui. Il en tire des enseignements qui vont bien au-delà d'une simple description du système carcéral.

« À travers ces récit, c'est une vision de la Russie d'aujourd'hui qui apparait en filigrane : un État fondamentalement corrompu, des fonctionnaires véreux. [...] Une verticale de la corruption économique mais aussi de la corruption des esprits ». Anastasia et Pavel Khodorkovski

« Après tant d'années derrière les barreaux, je suis loin d'idéaliser ceux que j'ai pu y rencontrer. Toutefois, de nombreux détenus ont des principes. Sont-ils justes du point de vue de la société ? Cela reste à voir. Mais ce sont de véritables principes au nom desquels les gens sont prêts à souffrir. Et pour de vrai. » Mikhaïl Khodorkovski

Parution :
Maison d’édition : Éditions Steinkis
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Critiques :Piotr Smolar au sujet deLe Monde a écrit:

Le livre du jour. Déjà auteur de "Prisonnier de Poutine" et "Paroles libres", Mikhaïl Khodorkovski signe un bref ouvrage, "Un prisonnier russe", un hommage à des détenus croisés au fil des ans.

LE MONDE | 24.10.2013 à 13h18 • Mis à jour le 04.12.2013 à 17h55 | Par

"Un prisonnier russe" par Mikhaïl Khodorkovski, Editions Steinkis, 108 pages, 10 €. DR
En Russie, le milieu carcéral est un continent invisible, dont les rares échos alarmistes ne semblent rencontrer que l'indifférence.
Le 25 octobre, cela fera dix ans que Mikhaïl Khodorkovski a été arrêté. Dix ans que l'ancien patron du groupe pétrolier Ioukos est pris dans les crocs de la machine judiciaire. Dix ans qu'il dénonce la corruption du régime et l'asservissement des tribunaux.
Déjà auteur de Prisonnier de Poutine et Paroles libres, Mikhaïl Khodorkovski signe un bref ouvrage, intitulé Un prisonnier russe, qui est un hommage à des détenus croisés au fil des ans. Non pas que ces détenus furent innocents et purs. Mais la culpabilité devient relative, dès lors que les dossiers de l'accusation répondent à la politique du chiffre ou à des intérêts particuliers.
UN RUSSE SUR CENT EN PRISON
« Avec le temps, je me suis transformé en observateur intéressé, pour découvrir que le contingent des prisons demeure une terra incognita pour les gens, bien qu'un habitant sur cent de notre pays se trouve ici, et qu'un homme russe sur dix (voir sur sept) passe derrière les barreaux », écrit l'ancien oligarque.
Avec justesse, le prisonnier brosse le portrait de Sergueï, l'enquêteur, aux oreilles « rouges comme des feux de freinage », qui « frappe comme un professionnel » en laissant peu de traces. Mais il peut aussi offrir du thé, une cigarette ou des bonbons, pour parvenir à ses fins. On rencontre aussi Arkadi, le délateur, chargé par les enquêteurs de faire parler les nouveaux arrivants. Il repère leurs biens interdits, qu'il dénonce en échange d'une cartouche de cigarettes. Un jour, Arkadi est penaud. On lui demande de certifier que Khodorkovski a « discrédité » l'administration, mais il ne connaît pas ce mot. Dans sa catégorie des détenus peu respectables, il y a « le rat », celui qui vole le contenu des colis, leur café ou leurs chocolats. Le rat est vite identifié.
Mais Khodorkovski évoque aussi les instants d'humanité. Liocha, un Bouriate costaud, a frappé à mort un voleur de moutons. L'administration veut le faire témoigner contre l'ancien homme d'affaires. Au procès, Liocha dit la vérité. Il pointe du doigt l'inspecteur en chef, qui lui a donné deux paquets de cigarettes pour prix de son faux témoignage. On trouve aussi des « déchus », réduits aux tâches domestiques. Tel Ostap, qui ne supporte plus un jour la brimade d'un voyou, et sort une « lime de 30 cm », pour lui régler son compte. Les autres interviennent. Ce jour-là, Ostap gagna le respect.
D'autres ne se remettent jamais de leur incarcération. Tel Artiom, condamné car son patron avait détourné 8 millions de dollars. Un jour, Artiom tente de se suicider en se pendant. Khodorkovski arrive à temps, le tient à bout de bras pendant de longues secondes. D'autres prisonniers viennent en aide et sauvent le malheureux. L'administration lui fera payer cher sa faiblesse.

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