Hitler, mon voisin – le documentaire

Âgé de 5 ans, Edgar Feuchtwanger, fils unique d’un éditeur juif, a une enfance heureuse dans la ville de Munich. C’est un petit Allemand insouciant, choyé par ses parents et sa nounou, lorsque Adolf Hitler, chef du Parti national socialiste, s’installe dans l’immeuble d’en face. En 1933 se brise le bonheur de cette vie sans nuage. Hitler est nommé chancelier. Les parents d’Edgar, déchus de leurs droits de citoyens ordinaires, tentent de le protéger des humiliations. À l’école, sa maîtresse lui fait dessiner des croix gammées, ses camarades rejoignent les jeunesses hitlériennes. Depuis sa fenêtre, en regardant de l’autre côté de la rue, Edgar va assister à la préparation de la Nuit des longs couteaux, de l’Anschluss et de la Nuit de Cristal. Les Juifs sont arrêtés, son père est enfermé à Dachau où il connaîtra la peur, le froid et la faim. En 1939, Edgar est envoyé seul en Grande-Bretagne. Il y fera sa vie, sa carrière, fondera une famille et s’efforcera d’oublier le cauchemar de son passé. Un passé qui a soudain rejailli lorsqu’il a voulu, à 88 ans, raconter cette enfance enfouie. Éditions Michel Lafon 2013.

Extrait :

Hitler, mon voisin - le documentaire (extrait)

Critiques :Emmanuelle Skyvington (Télérama) a écrit:

Retraité dans sa maison du comté de Hampshire, l'historien Edgar Feuchtwanger, 88 ans, a grandi à Munich jusqu'en 1939. Juif allemand, le petit garçon vivait alors tranquillement avec sa famille dans un immeuble cossu. Il a 5 ans lorsque Adolf Hitler vient s'installer juste en face, dans un luxueux appartement. Un voisin ordinaire que le petit garçon, choyé par des parents protecteurs, croise souvent dans la rue. Mais un voisin puissant, chancelier à partir de 1933, dont les actes politiques et les mesures antijuives imposeront à sa famille de fuir l'Allemagne quelques années plus tard. Le père d'Edgar, éditeur, ne pouvait plus y exercer son métier. Quant à son oncle, l'écrivain Lion Feutchtwanger, auteur du Juif Süss,paru en 1925 — détourné par les nazis pour en faire un film de propagande antisémite —, il incarnait l'« ennemi du peuple » et une figure intellectuelle à abattre, selon le régime hitlérien.

Soixante-treize ans plus tard, le vieux monsieur, souvenirs intacts et mots pesés, a accepté de refaire le chemin à l'envers, sous l'oeil d'une caméra. Grâce à d'intéressants documents et archives privés (photos de famille, cahiers d'écolier parsemés de croix gammées...), Edgar Feutchwanger relate bien plus qu'une trajectoire personnelle. Il témoigne de l'ascension au pouvoir du Führer et de la vie quotidienne des Juifs à Munich durant le IIIe Reich. Une vision doublement incarnée par le regard d'un enfant et le recul d'un historien. — Emmanuelle Skyvington

A lire : Hitler, mon voisin, souvenirs d'un enfant juif, d'Edgar Feutchwanger, avec Bertil Scali, éd. Michel Lafon.

Rediffusions : 25/1 à 10h25, 27/1 à 22h45, 31/1 à 10h25.

Eric de Saint-Angel (L'Obs) a écrit:

Le vieil homme parle un anglais impeccable mais son accent est germanique. Edgar Feuchtwanger quitte son village du Hampshire, prend le train pour Londres et s’envole pour Munich, sa ville natale quittée il y a soixante-treize ans. « Quand j’étais enfant, la vie me semblait tranquille et stable [silence]. Mais, bien sûr, ce n’était pas le cas [silence]. Je vivais en quelque sorte au coeur de cet ouragan qui a fini par déferler sur le monde. »

Ainsi commence « Hitler, mon voisin », documentaire qui retrace une histoire étonnante : celle d’une famille juive, représentant tout ce que Hitler exécrait – intellectuelle, aisée, progressiste -, qui a assisté depuis ses fenêtres à la montée du nazisme

En cet été 1929, enrichi par les droits d’auteur de « Mein Kampf », Hitler quitte sa chambre des faubourgs et s’installe dans un appartement de 300 mètres carrés, au deuxième étage d’un immeuble cossu de la Prinzregentenplatz. Les Feuchtwanger, qui habitent une rue adjacente, sont aux premières loges. « Bien sûr, nous nous sommes sentis menacés. Mais personne n’avait encore idée à quel point la menace était importante. »

La porte cochère d’un immeuble bourgeois. Un vaste appartement reconverti en bureaux. Quand le visiteur à cheveux blancs leur dit que Hitler habitait juste en face, les employées tombent des nues : « La vache ! On n’en savait rien. Mais bon, nous ne sommes pas de Munich, nous… » Elles sont surprises, et un brin narquoises. Comme si cette histoire ne concernait pas leur génération. Le vieil homme ne se départit jamais de son sourire d’une aimable ironie. Sans doute est-il submergé par les images anciennes, mais il ne le montre pas. L’Angleterre a déteint sur lui : il conserve un flegme britannique.

Les Feuchtwanger étaient allemands depuis toujours, et munichois depuis un siècle. Le père d’Edgar, Ludwig, dirigeait une prestigieuse maison d’édition, Duncker & Humblot, qui avait publié Goethe et Hegel. La mère, Erna, fréquentait la haute société. Quant à l’oncle, il était tout simplement l’écrivain le plus lu de sa génération. Lion Feuchtwanger était l’auteur d’un best-seller international, « le Juif Süss », ouvrage qui dénonçait l’antisémitisme dès 1924. « Nous n’étions pas du genre à courber l’échine », résume son neveu.

Les parents d’Edgar, comme beaucoup d’Allemands raisonnables, ne prennent pas ce rustre vociférant au sérieux et pensent que son mouvement sera un feu de paille. Mais la crise économique leur donne tort. Hitler devient l’idole des classes moyennes qui craignent d’être déclassées et les nazis s’imposent comme la deuxième force politique du pays. L’oncle écrivain choisit ce moment pour publier « Erfolg », un roman à clé où tout le monde reconnaît Hitler sous les traits d’un politicien fanatique et démagogue. Gros succès de vente. Fureur du dictateur en puissance qui est élu quelque mois plus tard chancelier. Lion Feuchtwanger, en voyage aux Etats-Unis, juge préférable de ne pas rentrer en Allemagne. Il fait partie des premiers citoyens d’outre-Rhin déchus de leur nationalité. Sa famille, qui se serait bien passée de cette publicité, se retrouve dans la ligne de mire. En espérant des jours meilleurs, les parents d’Edgar décident néanmoins de rester à Munich.

A l’école, où il ne subit aucune discrimination, le petit garçon dessine des croix gammées dans ses cahiers. Tout près de chez lui habite Eva Braun et, à travers les canisses de la clôture, il aperçoit parfois le Führer se délassant sur une chaise longue. Ernst Röhm, le chef des sinistres Sections d’Assaut, a une belle maison dans le quartier. Himmler, Goering et Rudolf Hess sont eux aussi munichois. « J’avais le même dentiste que Hitler », confesse le vieil homme avec un petit rire. Ca paraît maintenant extraordinaire parce que, aujourd’hui, Hitler n’est plus vraiment un personnage réel, il est devenu une sorte de figure du mal. » Mais le petit garçon de l’époque ne regardait pas le monsieur qu’il croisait de temps à autre comme un monstre, juste comme un humain un peu intimidant.

En 1935, après l’adoption des lois sur « la protection du sang et de l’honneur allemands », tout change. Les parents d’Edgar deviennent des citoyens de seconde classe, le père ne peut plus exercer sa profession d’éditeur, les invitations se raréfient. Plus de 30 000 juifs quittent l’Allemagne tant l’atmosphère est irrespirable, mais les Feuchtwanger ne parviennent pas à s’y résoudre. Après que le père a été interné au camp de Dachau et miraculeusement libéré (la Gestapo n’a pas fait le lien avec l’auteur honni par Goebbels), cette fois ils n’hésitent plus. Grâce à l’oncle et à diverses relations, ils obtiennent pour 1 000 livres sterling des visas pour la Grande-Bretagne. Edgar deviendra un brillant professeur d’histoire mais, sans ses enfants et petits-enfants, peut-être n’aurait-il jamais rédigé son autobiographie.

Eric de Saint-Angel

« Hitler, mon voisin/Souvenirs d’un enfant juif », d’Edgar Feuchtwanger, avec Bertil Scali (éditions Michel Lafon).


À propos de l’auteur

Bertil Scali est journaliste, écrivain et éditeur. Son livre Hitler, mon voisin (Michel Lafon, 2013) a été réédité en livre de poche, traduit en 13 langues et publié dans une trentaine de pays, dont les États-Unis, la Chine, l’Italie, l’Allemagne, le Brésil, l’Espagne ou la Pologne. Bertil Scali a écrit et co-réalisé le documentaire Hitler, mon voisin qui a notamment été diffusé sur Netflix et Planète+. De 1990 à 1992, il a écrit pour les magazines City Magazine, Elle et Détective. En 1993, il est entré comme reporter au magazine VSD, interviewant notamment Issei Sagawa, le "Japonais Cannibale", ainsi qu’à Radio Nova pour l’émission La Grosse Boule, avec Edouard Baer et Ariel Wizman. En 1995, il a été engagé comme reporter à Paris Match, couvrant de nombreux faits d'actualité en France et à l'étranger, en particulier dans le domaine de l'Internet, et devenant le correspondant permanent du magazine à Londres. En 2004, il s’est associé avec Jérôme Sans, cofondateur avec Nicolas Bourriaud du Palais de Tokyo, pour lancer les éditions Scali, une maison d’édition destinée à publier des ouvrages autour des cultures de l’underground et actuelles (musiques rock, électro, poésie, fiction, cinéma, art contemporain, littérature, érotisme, carnets) sur des thèmes négligés ou controversés et des sujets en marge tels que l’histoire de la Gay Pride, par Oliviero Toscani, ou celle de la culture Goth sous la direction de Patrick Eudeline. Près de 200 livres ont été publiés de 2004 à 2008, avec des auteurs comme Richard Branson, Jonas Mekas, Virginie Despentes, Nina Roberts, Jean-Charles de Castelbajac, Joeystar, Bruce Benderson, Marie Darrieussecq, Dupuy et Berberian, Brian Epstein, Vic Darkwood, Philippe Jaenada, Bernie Bonvoisin, Margo Jefferson, Bruno de Stabenrath ou Olivier Cachin. En 2009, il a travaillé pour BETC sur les City Guide Louis Vuitton. En 2010 et 2011, il a dirigé les Éditions de La Martinière Textes. Il est toujours directeur d'ouvrages pour les Éditions de La Martinière, publiant des auteurs aux parcours de vie hors du commun, tels que Nelson Mandela, Richard Branson ou Chantal Jouanno, et des beaux-livres illustrés signé par des artistes engagés comme Jane Birkin ou France Gall. En 2013, il a fondé Litcom qui travaille avec des maisons d'édition, des marques et de grands écrivains. (Nelson Mandela, Richard Branson, Chantal Jouanno…), des écrivains (Nicolas Rey, Bruno de Stabenrath, Patrick Eudeline…), des journalistes (Régis Le Sommier, Yseult Williams, Michel-Antoine Burnier…) et des beaux-livres illustrés signé par des artistes engagés comme Jane Birkin ou France Gall. En 2013, il a fondé Litcom qui travaille avec des maisons d'édition, des marques et de grands écrivains. Aux éditions Steinkis/Prisma, il a dirigé les ouvrages de grands écrivains (Patrick Eudeline, Gonzague Saint-Bris, Philippe Besson, Nicolas Rey, Eliette Abécassis, Benoît Duteurtre, Nicolas d'Estienne d'Orves, Joy Sorman, François Bégaudeau, Philippe Jaenada, Gilles Pudlowski…).

Le blog de Bertil Scali

Bertil Scali, agent littéraire, sur France Bleu