UN CÉLÈBRE HACKEUR SE LIVRE SUR SES FRASQUES PASSÉES (Le Matin)

«Rabbin des bois», l’un des pirates français les plus renommés sur le Net, vient de sortir un livre. Dans un long entretien, il se confie à nos confrères de «Paris Match» sur son passé et avertit sur l’avenir.

«Rabbin des bois» est l’un des pirates français les plus renommés sur le Net. Interviewé par «Paris Match» dans le cadre de la parution de son nouveau livre «Lève-toi et code. Confessions d’un hacker», le jeune homme de 23 ans s’est ouvertement livré sur ses frasques passées.

Malgré la solitude et la tristesse – deux sentiments qui ne l’ont pas quitté depuis son enfance -, il a tenté de s’intégrer dans notre monde. «Mais il n’est pas honnête, pas juste et surtout pas rentable», confie-t-il. Après avoir perdu sa mère à l’âge de 13 ans, il «perd toute foi dans le système» et l’écran est devenu «son refuge».

Entre arnaques et vol de data

Avant de se lancer dans le vol de data, «Rabbin des bois» a débuté avec plusieurs genres d’arnaques. Il détournait les paiements en ligne PayPal des acheteurs sur Leboncoin ou eBay. Une action qui lui rapportait 1200 euros par mois durant une période avant de trouver plus rentable: vendre sa méthode de vol de tablettes tactiles BlackBerry PlayBook. Comment? Il se les faisait livrer gratuitement en prétextant au service client de la marque que la sienne (en réalité, il n’en a jamais eu) était défectueuse. Puis, il les revendait.

Il s’est par la suite lancé dans le vol de data qu’il revendait. Pourquoi? «La data représente de l’information. Et l’information, c’est le pouvoir. (…) Aujourd’hui, ta vie vaut moins que les données que tu produis, il faut s’y faire», déclare-t-il. Il a pratiqué cette activité avec grand succès puisqu’il possède «un peu moins de 200 bitcoins, soit 1,5 million d’euros». Mais le hackeur «n’aspire pas à être riche».

Aujourd’hui, celui qui admire Edward Snowden ou encore Aaron Swartz assure avoir «arrêté le crime». Il vend simplement «des services sur les réseaux sociaux, des «likes» sur Instagram et Facebook, des «followers» sur Twitter. (…) Deux euros les 1000 followers». Parmi ses clients: des ados avides de visibilité, des marques de vêtements, de boissons ou même de BTP. Il avoue que ce business lui rapporte 5000 euros et précise qu’il hacke également sur commande.

La cyberguerre numérique

Grâce à son livre, il espère «inciter les gens à développer une conscience numérique» et «leur faire comprendre qu’on est dans une cyberguerre numérique mondiale». Il rappelle que les pirates peuvent «s’attaquer aux opérateurs d’importance vitale (OIV) qui gèrent les infrastructures liées à la santé, à la gestion de l’eau, à l’énergie, aux transports». Pour illustrer son propos, il cite notamment le virus Stuxnet qui avait affecté le programme nucléaire iranien et détruit des centrifugeuses en 2010. «On a désormais la preuve qu’il s’agissait d’une opération conjointe des Américains et des Israéliens.»

«Rabbin des bois» souligne encore que les objets connectés sont un mal à ne pas sous-estimer. «A partir du moment où il y a le mot “Smart”, cela signifie que l’objet est connecté à Internet et qu’il peut donc être hacké, infiltré.»

(Le Matin)