Isabelle Fromantin, auteur de “Blouse blanche et poils de chiens”, dans La Croix

Le cancer a-t-il une odeur ? Telle est la conviction d’Isabelle Fromantin (1), une infirmière qui conduit un projet de dépistage du cancer du sein par des chiens. « On part du constat que les chiens ont un odorat bien plus pointu que celui des humains. Et qu’ils peuvent détecter les odeurs spécifiques des cellules cancéreuses », explique cette soignante.
Au départ, l’affaire pourrait sembler loufoque. Mais le projet est porté par l’Institut Curie, centre parisien renommé qui n’a pas la réputation d’employer d’aimables plaisantins. C’est à l’Institut Curie qu’Isabelle Fromantin s’est intéressée au sujet, en soignant des plaies de patients. « À un certain stade du cancer, quand les traitements n’ont plus d’effets, des plaies tumorales peuvent apparaître. Et ces plaies sont très malodorantes », raconte l’infirmière qui, en 2010, a passé sa thèse sur le sujet.

À l’époque, Isabelle Fromantin a une intuition : des chiens capables de détecter des explosifs ou des stupéfiants pourraient aussi repérer des odeurs émanant de tumeurs cancéreuses. Une piste déjà explorée aux États-Unis pour la détection de cancers de la prostate. L’infirmière contacte des experts cynophiles et des chimistes. Et c’est ainsi que se monte le projet Kdog, qui démarre en 2016 grâce à 80 000 euros recueillis via un financement participatif sur Internet.
La première étape consiste à former deux bergers malinois, Thor et Nykios, pour reconnaître les odeurs du cancer puis les mémoriser. Ensuite, une étude avec des femmes ayant un cancer est lancée.

Ces patientes, toutes volontaires, doivent, avant de se coucher, se poser une lingette sur chaque sein, pour toute la nuit. Le lendemain, les lingettes, imprégnées de la sueur du sein malade, sont récupérées. Des femmes saines font de même. Ainsi, Isabelle Fromantin récupère des lingettes « cancer » et des lingettes « saines ».

C’est ensuite aux chiens d’agir. De manière successive, on leur présente quatre lingettes – trois « saines » et une « cancer » – et ils doivent détecter celle qui porte l’odeur de la maladie. Au total, Thor et Nykios renifleront 31 lingettes « cancer » avec plus de 90 % de réussite.

Ce résultat conduit l’équipe à préparer un prochain essai avec 400 femmes. Avec l’espoir, à terme, de mettre au point un dépistage simple et peu coûteux pour les pays démunis. « Dans beaucoup d’endroits, la mammographie n’est accessible que dans les grandes villes, rappelle Isabelle Fromantin. On pourrait donc, grâce aux chiens, faire un premier repérage des femmes malades dans les zones isolées ou rurales. Puis leur faire bénéficier d’une mammographie, celle-ci restant indispensable pour localiser exactement la tumeur. »

Car il est bien sûr impensable, sur un plan éthique, de dépister des cancers qui, ensuite, ne seraient pas soignés. « C’est pour cette raison qu’on va s’associer à Médecins sans frontières pour monter un projet préliminaire visant à évaluer l’intérêt de ce concept en Afrique », indique l’infirmière.