Bertil Scali interviewé par Technikart au sujet de la pétition lancée par Litcom

Bertil Scali, directeur de l’Agence Littéraire de Communication Litcom, milite pour que se développe le mécénat à destination des auteurs.

Vous souhaitez que l’on considère les manuscrits comme des œuvres d’art et les écrivains comme des artistes contemporains ?

Il n’existe pas d’équivalent à la disposition en faveur des artistes contemporains permettant à une société de bénéficier d’une réduction d’impôt lorsqu’elle achète une œuvre à un artiste vivant. Nous demandons d’accorder aux œuvres littéraires le même statut qu’à toutes les œuvres d’art. Ainsi, à l’instar de tous les autres artistes, les écrivains pourront eux aussi bénéficier directement de l’aide de sociétés privées investies dans le soutien de l’art et de la culture en général. Quelle différence, en effet, entre la démarche du plasticien, du photographe, du vidéaste ou du peintre, qui œuvrent dans leur atelier, et celle de l’écrivain qui cisèle son texte au stylo sur une feuille de papier – ou même sur son ordinateur ? Aucune : chacun travaille à faire jaillir une œuvre de son imagination à l’attention du plus grand nombre. Le manuscrit d’un poète, d’un romancier est une œuvre à part entière, tout autant qu’un tirage, une sculpture, une toile, une photo ou une vidéo d’artiste. En faisant bénéficier à l’écrivain d’un statut d’artiste, en étendant à l’œuvre littéraire les avantages de l’œuvre d’art, les auteurs littéraires pourront ainsi, eux aussi, bénéficier du soutien de ceux qui souhaitent participer au rayonnement de la langue et de la culture françaises. Les auteurs, qui comptent parmi les professions les plus précaires qui soient, pourront ainsi bénéficier des mêmes avantages que leurs confrères artistes.

Le mécénat au profit d’écrivains est-il vraiment nouveau ?

Pas tout à fait. Le mécénat d’écrivain est plutôt une tradition ancienne récemment interrompue. Au XVIIe siècle, par exemple, Jean de La Fontaine, Jean Racine et Molière n’auraient jamais pu écrire leurs chefs-d’œuvre s’ils n’avaient pas rencontré de mécènes. Nicolas Fouquet, la duchesse d’Orléans, Madeleine de La Sablière puis la maison des Hervart, une famille de banquiers, ont permis à Jean de La Fontaine d’écrire ses fables en finançant ses travaux d’écriture. Jean Racine et Molière ont été sous la protection de Louis XIV. Nul doute que la réputation du Roi soleil – la plus grande marque de son époque ! – ne doive sa prestigieuse réputation à personne d’autre qu’à ces grands écrivains, ainsi qu’aux autres grands artistes de son règne : Le Brun pour la décoration, Le Nôtre pour les jardins, Lully pour la musique et Mansard pour l’architecture, pour n’en citer que quelques-uns. Diderot a été financé par Catherine II de Russie, Comment se fait-il, alors, que les écrivains, autrefois financés par des donateurs – ou monarques, en l’occurrence – éclairés, ne reçoivent plus de soutien financier comme leurs confrères peintres ou plasticiens ? Probablement parce que l’on a cru un temps qu’ils pourraient vivre de leurs droits d’auteur. Ceci est à la fois vrai et faux. Ils touchent des droits d’auteur. Mais jamais suffisamment pour se consacrer pleinement à leur œuvre. Nous militons donc pour que les écrivains retrouvent le statut d’artistes dignes de mécénat, au même titre que les grands artistes plasticiens. Nous militons également pour que l’on fasse appel à la créativité, à la qualité et à l’originalité de leur production d’écrivains pour les campagnes communication, comme c’est depuis longtemps l’usage pour les photographes ou vidéastes.

Les auteurs doivent-ils se cacher s’ils sont rémunérés par des marques, des mécènes, des institutions ?

De quoi se défendraient-ils ? Les artistes plasticiens qui créent une œuvre pour une marque sont rémunérés. Il ne doit pas en aller différemment pour un écrivain. Des stéréotypes culturels tendent à mettre la littérature sur un piédestal et à enfermer l’écrivain dans une tour d’ivoire, comme s’il vivait loin de toutes contingences matérielles et à l’abri des enjeux commerciaux. Hélas pour eux, non… Le livre est un produit, culturel certes, mais un produit tout de même et être écrivain est un métier, dont il est préférable de pouvoir vivre. Pire, l’écrivain, comme un artiste plasticien, doit pouvoir dégager un maximum de temps libre pour pouvoir créer. La question de la rémunération ne nous semble donc pas être un obstacle, mais plutôt un tabou qu’il est nécessaire de lever.

 

La pétition

Je souhaite que l’on accorde aux œuvres littéraires le même statut qu’aux œuvres d’art contemporain, ainsi, à l’instar de tous les autres artistes, les écrivains pourront eux aussi bénéficier directement de l’aide de sociétés privées investies dans le soutien de l’art et de la culture en général.