Interview de Patrick Eudeline par Babelio

Entretien avec Patrick Eudeline pour son roman Les Panthères grises

12/09/2017

Qui sont ces “panthères grises” qui peuplent votre roman ? On croise notamment un certain Patrick. Etes-vous, comme vos personnages, en décalage permanent avec le monde actuel où la “culture du zapping” est reine ?

Le choix du prénom Patrick est bien sur un clin d`oeil. Surtout que c`est le personnage le plus éloigné de moi. Il y eut les Panthères noires, les panthères roses… activistes black ou gay. Pour nommer mes “anciens”, le terme s`imposait. Ils ont connu des temps d`espoir, de révolte, d`aventure. Ils ne veulent pas lâcher la main. Pour ces baby-boomers, la vieillesse n`existe pas. Déjà qu`ils avaient du mal avec le mot “adulte”.
Bien sûr, je pense que notre période est terrible, inintéressante, dure, et que le tout numérique a des effets pervers qu`on soupçonne à peine. D`où cette nostalgie lancinante de l`âge d or… nostalgie qui a commencé dès la fin des seventies, en fait.

Vos personnages décident, au début du roman, de reformer leur ancien groupe de rock avant de s`aventurer sur les terres plus dangereuses d`un casse. Est-ce l`épisode du vol des bijoux de Kim Kardashian qui vous a inspiré ? Qu`est-ce qui vous a intéressé dans ce fait divers ?

Bien sûr. Ce casse, effectué par des chevaux de retour sur une star imbécile d`aujourd`hui m`a passionné. Mais il n`a pas été à l`origine du roman, non. Disons qu`il s`est imposé.

“Le rock and roll vous apprend beaucoup de choses. Sauf à vieillir” écrivez-vous en parlant de l`un de vos personnages. Le rock & roll a-t-il toujours fait partie de votre vie ? Est-ce une musique qui vous “parle” autant aujourd`hui qu`elle vous parlait lorsque vous aviez 13 ans et que vous découvriez le rock ?

Oui. William Burroughs disait de l`héroïne que c`était une manière de vivre. Vous changez le mot “héroïne” par rock. C`est un prisme par lequel passe la réalité. Je suis toujours le même ado fasciné par les fringues dandy des Rolling Stones et des Beatles… oui, j`en ai peur.

Malgré les hégémonies successives de différents genres musicaux plus urbains, le rock, à l`instar de vos personnages, ne semble pas vouloir totalement disparaître. Les reformations de groupes se multiplient, certaines ventes sont encore très importantes. le rock est-il aujourd`hui uniquement affaire de nostalgie ? Ou bien est-ce toujours un terreau fertile pour jeunes et moins jeunes ?

C`est l`histoire qui fait les hommes… et les artistes, pas le contraire. Le rock existe toujours, parce qu`on n`a pas trouvé mieux mais il ne saurait avoir la même force, la même magie… Et ça, on n`y peut rien. Mort, vos ongles poussent encore. C`est un peu ça …

On retrouve dans ce roman votre géographie personnelle et notamment le quartier de Pigalle. On parle beaucoup de la gentrification de Paris et ce quartier n`y échappe pas. Vous reconnaissez-vous encore dans la ville de Paris ? Et dans ce-quartier en particulier ?

Bien sûr que comme mes personnages, j`ai peur d`un Paris devenu musée, de la hausse des loyers, de la vente par internet qui ferme les échoppes, de la fermeture des endroits de nuit, de leur désaffection. Tout ce qui change et tue une ville. J`ai mal à Paris mais peut-être moins qu`à Londres, qui a, encore plus, changé.

Il est question de politique dans Les Panthères grises, peut-être plus que dans vos précédents romans. Vous parlez notamment des manifestations de Nuit Debout. Est-ce un épisode qui vous a particulièrement marqué ? Y avez-vous vous vu des échos de Mai 68 ?

Même le vocabulaire, les tics, le folklore y était ! Tout de suite, ça m`a frappé. Pouvait-il en être autrement ? Comme le rock, la politique a ses nostalgies… Et un âge d`or probablement !

 

Patrick Eudeline et ses lectures

Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Tant de livres… Alors je dirais Rose Poussière de Jean-Jacques Schuhl, mais sans oublier Hector Malot, Emile Zola, Charles Dickens et Le Matin des magiciens de Jacques Bergier et Louis Pauwels … puis Oscar Wilde et les décadents français.

Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles…) ?

Emile Zola. Pour sa faculté à brosser un monde, un univers. A s`insérer dans son époque. Son oeuvre énorme.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Enfant, Hector Malot, donc. J`ai appris à lire tout seul pour finir le livre que ma maman me lisait alors que j`avais la rougeole. C`était Sans famille.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Le Matin des magiciens. Oui. Rose Poussiere. Radical chic de Tom Wolfe.

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Alberto Moravia. Mais honte, non… juste pas le déclic. Et j`ai des lacunes côté Philippe Sollers et nouveau roman.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Méconnue, je ne sais pas, mais La lance du destin de Trevor Ravenscroft est un livre fascinant. On peut le lire selon l`angle que l`on veut. Et La femme pauvre de Leon Bloy !

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Belle du Seigneur d`Albert Cohen. L`Attrape-Coeurs de J. D. Salinger.

Avez-vous une citation fétiche-issue de la littérature ?

Trop. “Un pied dans le caniveau, la tête dans les étoiles”. Oscar Wilde .

Et en ce moment que lisez-vous ?

Un traité d`harmonie. Antitraité d`harmonie d` Eveline Andréani. En 10/18. Très “solfège” mais j`adore ! En attendant une fiction nouvelle qui m`interpelle…

Découvrez Les Panthères grises de Patrick Eudeline aux Editions de la Martinière :

 

Merci à Anaïs et Arnaud de l`agence Anne et Arnaud .
Entretien réalisé par Pierre Krause.