Patrick Eudeline : « Le petit gars qui se roulait par terre »

Début des années 1960, Freddy a 17 ans. Père ouvrier chez Citroën, mère au foyer. Son horizon quotidien, le dédale des ruelles du XVe et les petits boulots mal payés, ou pire, l’usine, comme son père. Sa vie, la vraie vie, c’est le rock, qui vient d’arriver en France, et les copains. Les blousons noirs, les petits gars du quartier, habillés en Jeans, Santiags et veste mouton. Le rock, c’est celui d’Elvis, d’Eddie Cochrane et de Gene Vincent. C’est aussi celui de Johnny Hallyday, un jeune gars du coin, du même âge que lui, et qui vient de faire sensation la veille à la télé. D’ailleurs, c’est simple, on ne parle plus que de ça. À la maison, et dehors aussi, avec les copains. La bande, les disques, les filles quand on y arrive, et les petites combines, pour gagner quelques billets, de quoi se payer un ciné, un coca ou un disque dans le Juke box du café. De quoi panser un moment les blessures des frustrations d’une génération aspirant à autre chose que l’usine, les yeux tournés vers l’Amérique. Jusqu’à la combine de trop, celle qui pourrait bien vous emmener faire un tour en zonzon, même si, dans le fond, on n’est pas un mauvais garçon, comme le chantait Johnny.  (Editions Incipit – Steinkis/Prisma – sous la direction de Bertil Scali).