Philippe Besson par Garoupe

Le choix du bouc-émissaire

Dans cette collection où le choix du thème est laissé à l’auteur, Philippe Besson a décidé de nous parler du premier patient atteint du sida. Premier ? Pas vraiment.

Le premier nom livré à la vindicte populaire par les médias fut celui de Gaëtan Dugan. Il fut relié à une quarantaine de victimes parmi les 250 premières recensées aux Etats-Unis. Pourtant, s’il fut le premier « visage » du sida comme le démontre judicieusement Philippe Besson, il n’est certainement pas la première victime du VIH. Il est celui par lequel le drame fut découvert au grand jour, celui par qui le scandale arriva.

Il fut d’autant plus aisé de le montrer du doigt et de le livrer en pâture au grand public que l’Amérique des années 80 est celle de Reagan : bien pensante, prônant l’image d’une Amérique (et donc des américains) forte, conservatrice… le fait qu’une épidémie frappe prioritairement, pensait-on à l’époque, les homosexuels, les toxicomanes et les noirs pouvait presque passer pour une bénédiction pour les républicains les plus durs qui y voyaient alors la main de Dieu punissant les pauvres pêcheurs.

Au-delà de la stigmatisation indéniable engendrée par les premières populations victimes (avant qu’on ne se rende compte que tout le monde était susceptible d’attraper le virus) et la rapidité de son expansion à travers la planète, Philippe Besson, enfant de 1967, des années de libération sexuelle, fait partie des premiers à avoir pris cette vague d’angoisse et de peur en pleine figure : il fait partie de la première génération qui a dû découvrir la sexualité à travers le prisme du sida.

Parce qu’on a besoin qu’une histoire ait un début et une fin, dit Philippe Besson, on a besoin de trouver un coupable pour exacerber nos peurs et éviter de voir dans cette maladie une simple fatalité.

Pour les maintenant habituels illustrations, ce livre profite du splendide trait de Lorenzo Mattotti, illustrateur italien de génie. On n’oublie pas non plus la petite notice historique en fin d’ouvrage.

Quand les livres de François Bégaudeau ou de Philippe Jaenada, par exemple, apportent une vraie originalité à la collection Incipit, le récit de Philippe Besson ne parvient pas à tirer son épingle du jeu et fait figure d’un des « épisodes » les moins réussis, sans pour autant être raté ou inintéressant.

Patient zéro – Philippe Besson – Service de Presse